[TRIBUNE] En cette journée mondiale de la montagne, message de la filière laitière à la jeune génération montagnarde (mais pas que)

11 décembre 2019

11 décembre 2019 - Journée internationale de la montagne : Tribune de la filière laitière, Commission Montagne

En cette journée mondiale de la montagne, message de la filière laitière à la jeune génération montagnarde (mais pas que)

Chers « Jeunes » que d’attentes et d’espoirs portés sur vos épaules. Aujourd’hui, 11 décembre, c’est la Journée Internationale de la Montagne. Et pour cette édition 2019 vous en êtes le thème. Alors pour cette occasion, nous la filière laitière française - les éleveurs laitiers, les coopératives, les industriels de montagnes et de la France entière - souhaitons vous adresser ce message.

Chers jeunes, montagnards et d’ailleurs, nos montagnes sont en danger. Vous n’aimez pas que l’on vous mente et vous êtes suffisamment à l’écoute de toute information pour qu’on ne vous enjolive pas la situation. Mais sachez que notre filière s’en inquiète. Parce que les montagnes, ce sont des terres d’élevage et d’emplois, des paysages entretenus par ces vaches qui pâturent et toute l’activité agricole, des fermes, des collecteurs de lait, qui travaillent été comme hiver, malgré les chutes de neiges, des laiteries à proximité pour transformer le lait de nos montagnes en fromages et autres produits laitiers qui font la fierté de nos belles régions. Des « terres de lait » qui façonnent nos paysages et nous sont enviées bien au-delà de nos frontières.

Ne sombrons pas dans les généralités qui vous agacent - et nous aussi, mais force est de constater que depuis 5 ans toute cette activité en montagne s’essouffle.  L’élevage laitier s’épuise, et avec lui toute l’activité des communes d’altitude. Le cercle est vicieux : conditions de vie plus difficiles, coût de la vie structurellement plus cher, les opportunités d’emplois moins diversifiées, les possibilités de rencontres et de socialisation plus réduites… autant de facteurs qui accentuent l’isolement des massifs du reste du territoire et leur perte irrémédiable d’attractivité. La désertification de nos montagnes est un fléau économique, social, mais aussi touristique, culturel et environnemental. Les terres qui se vident n’attirent plus.

Ces risques, la filière laitière de montagne les a identifiés depuis de nombreuses années. Prise en étau entre une conjoncture internationale défavorable et un marché intérieur laitier morose, elle court le risque d’une disparition. Même si la présence de plusieurs filières AOP, qui valorisent un tiers du lait du montagne, et l’existence de leviers d’amortissements des crises du marché contribuent à maintenir l’activité, la filière éprouve des difficultés à offrir un revenu décent aux producteurs comme aux transformateurs, et des perspectives d’avenir pour les prochaines générations, futurs acteurs laitiers. La sentence est immédiate. Conséquences directes, le nombre de producteurs de lait a baissé de 19 à 47% dans le Massif Central, les Pyrénées, le Jura et les Alpes. Environ 65 000 emplois directs et indirects dépendent directement du secteur laitier en zone de montagne.

Face à ce sombre constat, nous – éleveurs laitiers, coopératives et industriels - tirons la sonnette d’alarme. Nous défendons une filière laitière dynamique, pourvoyeuse d’emplois, attractive… et qui préserve nos montagnes. Nous avons réalisé de lourds efforts pour rester compétitifs et nous adapter aux nouvelles attentes sociétales et environnementales des consommateurs et citoyens. Nous continuons de développer des modèles de production laitiers vertueux, dans le respect des territoires et de leur diversité. Nous voulons accélérer le développement du bio et structurer une offre valorisante de produits laitiers de montagne. Nous voulons consolider la formation professionnelle. Avec toujours la volonté de réduire l’impact carbone de nos activités, et protéger les ressources naturelles qui nous permettent de produire chaque jour un lait de qualité. En parallèle, un nouveau modèle fiscal et réglementaire est à imaginer. Au même titre que la Corse ou l’Outre-mer, les zones de montagne souffrent d’un handicap géographique qui justifierait un traitement spécifique pour rétablir l’équité territoriale.

Ce travail de restructuration de la filière laitière de montagne est déjà engagé avec nos partenaires, notamment l’Association nationale des élus de la montagne. Il nécessite, pour être accéléré, un engagement plus large et cohérent avec les pouvoirs publics, en résonnance avec l’ensemble des travaux menés tant à l’échelle européenne sur la réflexion de la PAC qu’à l’échelle nationale et locale, sur la ruralité et la France périphérique. Il nécessite également un dialogue ouvert avec les filières professionnelles, les associations environnementales, les acteurs économiques de la montagne et toute partie-prenante qui souhaite prendre part à cette co-construction.

Alors en cette journée mondiale de la montagne nous nous adressons à vous, chers Jeunes, mais aussi élus, professionnels, citoyens - montagnards mais pas que - pour vous dire que nous mettrons tout en œuvre pour sauver nos montagnes, et vous proposer une filière laitière attractive, riche et diverse, pourvoyeuse d’emplois, respectueuse de l’environnement. La France est une terre de lait, les Montagnes sont des terres de lait. Nous œuvrons pour qu’elles le restent, et pour que vous en soyez fiers.

 

 

Bernard Marmier,

Président de la Commission Montagne de la filière laitière française

 

 

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