Symposium international Manger en ville "La défiance des mangeurs est génératrice d’alternatives"

6 décembre 2017

Plus de 300 chercheurs des sciences humaines et sociales, enseignants, étudiants se sont réunis hier, mercredi 6 décembre à l’Unesco à l’occasion du Symposium international co- organisé par la Chaire UNESCO Alimentations du monde et l’OCHA (Observatoire Cniel des Habitudes Alimentaires). Dans de nombreux pays, les bouleversements provoqués par l’urbanisation croissante et l’exode rural ont conduit à une modification du cadre et des règles de l’alimentation. Dans tous ces bouleversements, le mangeur laissé seul, doit composer avec ses anciennes habitudes et cette modernité tout en recevant des injonctions nutritionnelles qui le culpabilisent. Perdu, il remet en cause et recompose ou cherche des alternatives. Le rôle des femmes, entre la gestion des injonctions, le respect des traditions alimentaires et les innovations qui leur libère du temps, est majeur. Ce colloque s’est intéressé à l’analyse de ces phénomènes qui parcourent le monde dans la diversité des situations locales et dans le respect des différences culturelles.

Un constat partagé sur tous les continents, à des échelles différentes

L’urbanisation est un accélérateur qui concentre, en ville, les inquiétudes des consommateurs et les rend de plus en plus exigeants. L’accroissement de la population des villes a correspondu à une explosion des maladies non transmissibles (diabète, MCV, cancers...) et à un accroissement des inégalités, en particulier à l’intérieur des villes elles-mêmes. L’individualisation, comportement favorisé par l’urbanisation installe une distance entre les mangeurs et leur alimentation. Il en résulte la crainte de comprendre de moins en moins ce que l’on mange, comment cela est produit, et pousse le consommateur à ne plus « croire automatiquement tous ceux qui veulent nous expliquer quoi et comment manger » et à douter y compris de sa culture alimentaire. Enfin, la crainte de perdre la maîtrise de son propre système alimentaire génère également une distanciation envers ceux qui devraient « protéger les mangeurs ». D’où cette défiance envers ceux qui ont en main l’alimentation, à savoir les entreprises, les groupes d’intérêts, les scientifiques ou encore les institutions publiques et les politiques.

Des mangeurs méfiants, mais pas que… Une dynamique de réactions

Cette défiance génère l’expérimentation de nouvelles alternatives (commerce équitable, bio, productions locales …). D’autres sont pour les femmes un moyen de prendre le contrôle sur leur alimentation, et créent des espaces de contestations. Ces alternatives ne se voient pas dans les sondages ; il faut des études fines anthropologiques pour analyser les « bricolages alimentaires ». Les entreprises également peuvent puiser dans la défiance pour innover, adapter leur offre. « Je suis persuadé que la question de la défiance est le principal moteur qui se joue dans l’alimentation, c’est vrai partout dans le monde, et c’est une question de conscience collective. Les marques doivent déclarer une intention, dire qui elles veulent servir et pourquoi, fendre l’intérêt social et pas seulement les intérêts de leurs actionnaires. Une entreprise agroalimentaire ne peut pas être une entreprise comme une autre, car lalimentation est un droit fondamental déclaré par l’ONU. Il y a des marges de manœuvre à condition d’expérimenter, d’aller voir ailleurs et de se confronter à l’altérité » a déclaré Emmanuel Faber, PDG de DanoneCes alternatives seront-elles sources de nouvelles expressions susceptibles de faire basculer vers un nouveau système ?

Ecouter la défiance, ne pas se laisser déborder par elle et la transformer en nouvelles compétences

La défiance n’annule pas forcément la confiance. Leur confrontation, leur relation permet aussi de puiser dans l’une pour restaurer l’autre. Les entreprises, les institutions, les sciences sociales sont bien entendu très attentives à la lecture de ces phénomènes de défiance, y compris de leurs formes extrêmes d’expression et de dérive comme le complotisme.« La transparence et la déclaration de tous les intérêts à agir (financiers et militants) sont des conditions indispensables pour renforcer la crédibilité des expertises scientifiques » selon Marion Guillou, Présidente d’AGREENIUM.

On peut chercher dans la défiance des formes plus constructives : entendre la défiance comme une forme de vigilance qui s’exerce dans le corps social parce qu’elle scrute l’action des institutions publiques, ou des entreprises. Guillaume Garot, Président du Conseil National de l’Alimentation a témoigné : « Je ne veux pas considérer qu’il y aurait une nourriture pour les éduqués et ceux qui ont les moyens, et une autre nourriture pour les autres. Non, la question s’est de s’interroger sur une alimentation de qualité pour tous. La politique de l’alimentation n’est pas qu’une affaire de nutrition mais c’est aussi une affaire culturelle. C’est passer un contrat politique et social pour fixer des objectifs avec la nation.… Dire où on va et à quelle échéance ».

L'Ocha est l'observatoire des habitudes alimentaires de l'interprofession laitière. L'Ocha est un centre de ressources et de recherches partagées avec la communauté scientifique autour de l'approche par les sciences humaines et sociales de l'alimentation, des systèmes alimentaires et des relations homme / animaux.

Pour en savoir plus : www.lemangeur-ocha.com

La filière laitière française est une filière d’exception caractérisée par sa grande diversité et son exigence en termes de qualité. Le Cnel est l’interprofession où se partagent les diagnostics et se construisent les actions collectives, dans l’intérêt de tous les acteurs. Les professionnels de la filière laitière française y bâtissent ensemble des référentiels communs notamment autour de l’économie laitière et la qualité du lait. Le Cniel élabore une expertise scientifique (veilles, programmes de recherche…) qui permet de renforcer la compétitivité des acteurs de la filière, de défendre l’image du lait et des produits laitiers et de mettre en avant les atouts de la filière, afin de développer la demande en France comme à l’export.

Pour en savoir plus : http://maisondulait.com/fr


 

Fichiers attachés